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Photoneutrons et photofission, armes scientifiques contre les trafics

Illustration du processus d’accélération laser-plasma. © Johann Piekar
Le contrôle de conteneurs maritimes constitue un enjeu crucial pour la sécurité intérieure de l’Europe. Adossé à un savoir-faire de plus de trente ans dans le domaine des méthodes de mesures nucléaires non-destructives actives, le CEA-List a récemment développé deux approches en rupture visant à améliorer la détection de drogues d’une part, de matière nucléaire d’autre part.

Afin de lutter contre le trafic illicite de matières dangereuses, les équipes du CEA-List développent aujourd’hui deux innovations majeures dans le domaine des méthodes de mesures nucléaires non-destructives actives. L’une associe l’utilisation d’un accélérateur linéaire d’électrons (linac), la spectrométrie des photoneutrons et l’intelligence artificielle pour identifier des éléments légers, caractéristiques des explosifs et stupéfiants. L’autre, portée dans le cadre du projet européen MULTISCAN 3D avec le LMU[1]-CALA[2] de Munich, ouvre la voie à une rupture technologique dans la détection de matière nucléaire.

Dans le champ des substances illicites, la méthode mise au point s’appuie sur un linac générant un rayonnement de freinage capable d’induire des réactions photonucléaires. Les neutrons émis, dont le spectre porte la signature des éléments présents (carbone, azote, oxygène), sont détectés grâce à des scintillateurs liquides permettant de discriminer efficacement les neutrons d’intérêt au sein d’un intense flash photonique. Si ces spectres présentent des structures riches mais souvent déformées par la géométrie des objets contrôlés et la réponse des détecteurs, l’analyse automatique vient lever cet obstacle. Le modèle d’apprentissage profond DeepNSI, fondé sur des réseaux neuronaux convolutionnels entraînés par simulation Monte-Carlo, parvient en effet à identifier les éléments même à de très faibles concentrations (moins de 4 % pour l’azote). D’autres algorithmes, comme le réseau élastique non négatif, permettent en complément d’estimer leurs abondances relatives. Cette approche offre ainsi une identification chimique avancée, robuste et rapide et permet d’envisager une réponse aux attentes liées au contrôle de fret.

En parallèle, pour répondre à la menace liée au trafic de matière nucléaire, le CEA-List a réalisé une première mondiale en démontrant expérimentalement la photofission d’uranium appauvri à l’aide d’une source photonique entièrement nouvelle. Celle-ci repose sur la diffusion Compton inverse (ICS) : un faisceau laser femtoseconde accélère des électrons à très haute énergie dans un plasma, produisant ensuite des photons suffisamment énergétiques pour initier la photofission. Pour la première fois, une telle source se substitue à un linac traditionnel. Les caractéristiques quasi mono-énergétiques du faisceau, son potentiel d’intégration et son caractère modulable ouvrent des perspectives majeures pour le déploiement futur de mesures nucléaires actives visant à détecter des actinides au sein de conteneurs maritimes.

Ces deux avancées, l’une tournée vers les substances illicites, l’autre vers les matières nucléaires, illustrent une même dynamique : l’émergence de technologies de rupture, plus sensibles et plus intelligentes, capables d’élever significativement le niveau de sécurité des infrastructures portuaires européennes.


Figure 1 : Graphiques ternaires pour plusieurs molécules d’intérêt en fonction de leurs ratios de carbone, d’oxygène et d’azote construits sur la base des photoneutrons dans le spectre total.

Figure 2 : Spectres des photoneutrons mesurés pour trois matériaux : graphite
(riche en carbone), glucose (riche en oxygène) et mélamine (riche en azote) permettant d’identifier à travers les structures présentes les signatures spécifiques de ces éléments.

[1] LMU : Ludwig-Maximilians-Universität München

[2] CALA : Centre for Advanced Laser Applications

L’IA analyse les spectres photoneutroniques déformés et en extrait les signatures élémentaires que la seule spectrométrie ne permet pas d’isoler.

Rebecca Cabean

Valentin Blideanu

Ingénieur-chercheur et directeur de recherche — CEA-List

En exploitant une source ICS fondée sur un laser, nous franchissons une étape clé dans le développement de technologies avancées de détection de matière nucléaire.

Rebecca Cabean

Adrien Sari

Ingénieur-chercheur et expert senior — CEA-List

Chiffre clé

70%

Selon l’European drug report 2024, près de 70 % des saisies réalisées par les autorités douanières de l’UE ont lieu dans les ports, notamment dans des conteneurs maritimes

En savoir plus

Cas d’usage, application, transfert

  • DeepNSI ouvre la voie à l’identification d’éléments légers dans des spectres photoneutroniques complexes, pour la détection de matériaux illicites, la radioprotection ou le démantèlement. Les perspectives de transfert industriel des travaux reposant sur la spectrométrie des photoneutrons sont à l’étude, tandis que la source laser-plasma permet d’explorer de nouveaux régimes pour la photofission.

Brevets

  • IPA-SN (Dispositif et procédé de détection d’une substance particulière dans un objet par interrogation photonique active) : FR2112182
  • IDeepNSI (méthodes d’analyse avancées des spectres photoneutroniques) : FR2210022

Projet et/ou partenariat majeur

  • Projet européen MULTISCAN 3D ; collaboration LMU-CALA ; montée en TRL au sein de Doseo ;
    poursuite des travaux sur la source laser-plasma dans le cadre de la thèse de Johann Piekar.

Publication majeure

  • « DeepNSI: Element identification in experimental photoneutron spectra for illicit material detection », C. Besnard-Vauterin, V. Blideanu, B. Rapp, Applied Radiation and Isotopes 225 (2025) 112014; article sur l’utilisation de la source laser-plasma en cours de rédaction. https://doi.org/10.1016/j.apradiso.2025.112014